La vie de Vivant Denon est elle-même une épopée, où se croisent des noms prestigieux et où règnent de nombreuses incertitudes. En 1747 naît à Givry (à proximité de Châlon sur Saône) Domnique Vivant (futur baron Denon). Son enfance est obscure mais nous le retrouvons en 1769 à Paris en compagnie du peintre David et de Dorat (mousquetaire du roi et homme de lettres à ses temps perdus). Sa Pièce Julie ou le bon Père qu’il fait jouer à la Comédie Française ne reçoit pas le succès escompté mais elle suffit à faire remarquer son auteur. Louis XV, qui a eu vent des qualités de graveur de Vivant, le fera Conservateur du cabinet des Médailles puis gentilhomme ordinaire de la cour du Roi. Puis il sera nommé secrétaire d’ambassade à Saint-Pétersbourg, puis ministre des affaires étrangères sous Louis XVI. Mais Catherine II va le soupçonner d’espionnage et Vivant va donc être transféré en Suède puis en Suisse où il fera la connaissance de Voltaire. Il y dessinera 35 portraits du satiriste, dont les célèbres Déjeuners de Ferney. C’est durant ce séjour à Genève que Vivant rédigera son chef d’oeuvre: Point de lendemain.
Chargé d’affaires à l’ambassade de Naples, il met un terme à sa carrière politique en 1778 lors de l’éruption du Vésuve afin de suivre l’expédition artistique et scientifique dirigée par l’abbé de Saint-Non. Il quitte l’Italie en 1785 et est élu Membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture à Paris en 1787 (il en profite pour faire l’éloge du tableau de David La Mort de Socrate).
Eclate alors la Révolution. Vivant se réfugie à Venise mais est expulsé. Il trouve refuge à Florence mais là encore, il est chassé. Contraint de rentrer à Paris, il ne doit son salut qu’à son ami David qui lui commande des gravures pour son Serment du jeu de Paume. Il fait alors la connaissance de Robespierre, peu de temps avant de dessiner sa tête coupée !
Admis en 1797 dans le salon de Joséphine de Béharnais, il rencontre le jeune Napoléon Bonaparte qu’il accompagne en Egypte où il va rédiger son Voyage dans la Basse et Haute Egypte : récit des combats du Premier Consul mais également croquis et dessins réalisés à dos de cheval . A son retour en France, Napoléon nomme Vivant Directeur général des musées de France. Le premier travail de Vivant-Denon est alors de transformer le palais du Louvre en musée… Napoléon ! Il va relancer la création artistique : nous lui devons entre autres la colonne Vendôme (dont le projet avait été abandonné en 1803) et le célèbre éléphant de la Bastille (celui des Misérables !).
“J’aimais éperdument la comtesse de … ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.” Ainsi s’ouvre Point de lendemain, magnifique petit conte libertin. Le résumer s’avère aisé : une femme parvient dans la même nuit à tromper son mari, son amant en titre et sa meilleure amie. Mais c’est en même temps trahir ce charmant récit et ne pas rendre grâce à sa subtilité et à sa douce ironie. Nous y retrouvons tout ce qui fit le charme de la littérature libertine du 18ème siècle : la mise en scène, la double-énonciation, la rouerie et l’ingénuité et une fin pour le moins surprenante.
A lire comme une friandise et comme un préléminaire indispensable à Crébillon ou à Laclos.
Disponible chez Mille et une nuits